La "Grande Démission", un phénomène qui touche aussi les 18-35 ans (2024)

Emploi – Travail

Par Camille Descroix

Publié le

5 min

The «Big Quit» ou la «Grande Démission», c’est ce phénomène importé des États-Unis, à la suite de la pandémie de Covid, qui se manifeste par une vague de démissions dans le monde du travail. Les jeunes salariés n’en sont pas épargnés

Aux États-Unis, près de 48 millions de personnes ont quitté leur emploi en 2021. En France, au premier trimestre 2022, près d’un demi-million de personnes ont décidé de démissionner. Ce phénomène, appelé the «Big Quit» ou la «Grande Démission», théorisé par l’universitaire américain Anthony Klotz, s’expliquerait en partie par la crise du Covid et la généralisation du télétravail.

D’autres raisons, comme la réévaluation des besoins des salariés et la quête de sens, sont aussi avancées par Anthony Klotz. Les jeunes seraient même les plus concernés par ces questionnements de vie: selon une récente étude, 42% des moins de 35 ans envisagent de quitter leur poste dans les 12 prochains mois. Lassée par la rigidité du monde du travail et son incapacité à s’adapter, la génération des 18-35 ans tente de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

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C’est le cas de Pauline, jeune diplômée de 28 ans, qui a radicalement changé de vie. En juin 2021, elle est embauchée en tant que journaliste par BBC Studios France. Elle se dit que c’est le job de ses rêves. Mais, rapidement, elle déchante: «À partir du mois de novembre, j’ai commencé à voir des ‘red flags’ dans le management, surtout avec ma manager direct». En tournage sur l’île de Chypre, les choses dégénèrent. «Il y a eu beaucoup de harcèlement moral et des manières de parler inacceptables», détaille-t-elle.

"J'étais en burn-out"

Après de longues discussions avec la direction, elles conviennent ensemble d’arrêter la période d’essai plus tôt, en février 2022, et de ne pas renouveler leur collaboration. L’occasion pour Pauline de faire le point. «J’étais en burn-out: j’avais besoin de souffler, de me trouver. Je remettais en question la place du travail dans la société et dans ma vie. Est-ce que l’on a envie de travailler comme des dingues jusqu'à la retraite et suivre le même modèle que nos parents?», se demande-t-elle.

Passionnée par l’équitation, elle décide de quitter Paris pour faire du woofing dans le Sud-Ouest de la France, auprès d’une famille qui possède un domaine équestre. «Je m’occupe des chevaux et du domaine. En échange, j’ai le logement gratuit», raconte-t-elle. En parallèle, elle est débauchée par une boîte de production qui lui propose par intermittence des tournages. Un modèle qui colle parfaitement à son nouveau quotidien: «Ma vie a complètement changé en termes de rythme: j’habite à Hossegor, sans payer de loyer, en travaillant avec des chevaux, dans la nature, et j’ai la possibilité de partir faire mes tournages», explique-t-elle. «Je ne fais pas 9h/19h dans un bureau tous les jours», ajoute-t-elle.
En plus des tournages, elle travaille de temps en temps dans un café qui appartient au propriétaire du domaine. «J’ai réalisé que je n’avais pas envie d’arrêter de travailler, j’avais juste envie de changer ma manière de faire» , estime Pauline, «Je ne me verrais pas retourner dans la routine d’un CDI bien rangé, métro-boulot-dodo» .

"Plus de sens"

Laure, 32 ans, est aussi passée par un métier bien comme il faut, qu’elle a fini par délaisser au profit de sa passion, la photo. Diplômée de Sciences Po, elle est embauchée en janvier 2017 à Jérusalem, en Israël, comme responsable de la communication et des relations publiques pour le ministère des Affaires étrangères. Un poste à l’étranger convoité et très bien payé. Comme Pauline, elle réalise rapidement que le travail ne va pas lui convenir. «Je me suis rendue compte que c’était très bureaucratique, avec peu d’initiatives possibles, beaucoup d’étapes de validation, une manière très ‘old school’ et un univers très masculin», se remémore-t-elle.

Dans le cadre de son travail, elle côtoie beaucoup de photographes et apprend à leurs côtés. «Je ne pensais pas pouvoir en faire mon métier», avoue-t-elle. Elle décide alors de faire un coaching de reconversion, avec une boite parisienne. Après son contrat au ministère, elle décide de se lancer: «J’ai repris des cours du soir, je me suis formée seule en ligne. J’ai commencé à vendre quelques images, tout en ayant des petit* boulots alimentaires à côté en production photo».

Aujourd’hui, elle est à 100% à son compte, avec un revenu moyen avoisinant les 1 500 euros net par mois. «J’ai la liberté de choisir vers quoi je vais, d’explorer plein de sujets. Plus de rapidité, plus de flexibilité et plus de sens dans ce que je fais», se réjouit-elle.

Développer des projets alternatifs

La liberté, c’est aussi ce à quoi aspire Antoine, 36 ans, qui fait dorénavant partie de la grande famille des néo-ruraux. Originaire d’Annecy, il avait quitté la France pour travailler au Danemark. Pendant plusieurs années, il était chargé d’un festival, un «Paris Plages» danois, géré par le service culturel de la mairie de Copenhague. Malgré une vie professionnelle riche, il démissionne en septembre 2021 et rentre en France. «J’avais envie de vivre une nouvelle vie. J’avais un bon salaire, un bon boulot mais j’avais envie de bouger», explique-t-il. Sa famille lui manque et il ressent un besoin d’air frais et d’espace: «J’avais envie de vivre à la campagne, de tester le silence, d’autres odeurs, d’autres couleurs».

L’exode urbain, qui consiste à quitter la ville pour la campagne, s’est massivement développé après la crise sanitaire et les confinements successifs. Selon une étude publiée en août 2020, plus de 8 cadres parisiens sur 10 souhaitent quitter la capitale avec, en tête des motivations à la mobilité régionale, la recherche d’un meilleur cadre de vie et l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle.

Avec son copain, Antoine a acheté une maison en Charente dans l’idée de monter des projets artistiques et culturels. Leur choix s’est porté sur une jolie maison de campagne à Fleurac, un petit village de 250 habitants, à quelques kilomètres d’Angoulême. «Depuis qu’on s’y est installé, d’autres amis nous ont rejoint et on a monté une colocation», précise-t-il. Ensemble, ils bricolent, retapent et profitent de la nature: «Cet été, on a même monté un café associatif: on a nettoyé la grange, repeint et construit un bar. Ça nous a fait rencontrer plein de gens». Et, un an plus tard, le bilan est très positif. «Je suis content d’avoir lâché ma vie à Copenhague. C’est un retour à mes racines françaises et une nouvelle vie à la campagne. J’avais besoin de nouveautés», conclut le jeune homme.

Ces derniers mois, un autre phénomène touche le monde du travail, le «quiet quitting» ou la démission silencieuse. Popularisé sur TikTok avec le hashtag #quietquitting, ce sont ces jeunes salariés qui ne font que le strict minimum: respecter à la minute près les horaires, ne pas répondre aux mails en dehors des heures de bureau ou encore ne pas accepter de responsabilités et de tâches supplémentaires. Pour eux, plus question de sacrifier sa vie privée et sa santé mentale pour un boulot.

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